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Heitor O’Dwyer de Macedo

vendredi 8 janvier 2016, par Alexandra de Séguin

Chers utopsystes,

Pour la prochaine séance d’Utopsy le lundi 25 janvier 2016 à 20h30 au 27 rue des Bluets (Métro Ménilmontant ou Père Lachaise, entrée libre et gratuite) nous aurons le grand plaisir d’accueillir :

Heitor O’Dwyer De Macedo,
psychanalyste et auteur de « La clinique de Dostoïevski ou les enseignements de la folie » (éditions nouvelles Cécile Defaut, 2015).

Nous avions reçu Heitor De Macedo pour son précédent livre « Lettres à une jeune psychanalyste » (Stock, 2008) qui avait été l’occasion d’une riche discussion sur la clinique de la folie et du trauma à partir de son expérience et des enseignements de thérapeutes (comme Françoise Dolto, Gisela Pankow etc.) de patients psychotiques.

Dans La clinique de Dostoïevski , livre reprenant les développements du séminaire qu’anime l’auteur au sein de la fédération des ateliers de psychanalyse deux mardis soirs par mois, Heitor de Macedo s’attache à lire de près certains passages des principaux romans de Dostoïevski (Les notes du sous sol, Crimes et Châtiments, Le Double, l’Idiot, les Démons, les Frères Karamazov) et tout particulièrement les monologues et dialogues, fréquents dans l’oeuvre de cet auteur. Par le génie propre de Dostoïevski, les personnages de son oeuvre, leurs discours, leurs pensées, leurs réactions les uns vis-à-vis des autres et leur attitude générale face à la vie offre une possibilité incroyablement riche pour Heitor de Macedo de développer et d’illustrer les idées qu’il soutient à propos de la clinique du trauma et de la folie et ainsi que des indications précises quant au travail de l’analyste et à la direction d’une cure.

C’est ainsi que "l’homme du sous-sol" nous enseigne sur les caractéristiques de la perversion, Raskolnikov sur la façon dont tente de se défendre un enfant traumatisé au risque des défenses perverses, Rasoumikhine sur l’importance d’un véritable ami, Porphyre, Aliocha et le prince Mychkine sur certains éléments de la position psychique nécessaire au travail du psychanalyste et aussi sur les impasses qui empêchent ce travail. C’est la magnifique Nastassia Filippovna qui nous fait comprendre grâce à son monde dévasté et au monde qu’elle dévaste ce qu’est le trauma et ce qui ne peut en aucun cas l’aider à se dégager de l’emblème narcissique qu’il est devenu pour elle.

Tous ces personnages sublimes et tant d’autres encore nous offrent, à travers la lecture que nous propose De Macedo, un point de vue global sur sa conception de la psychanalyse.

Heitor de Macedo, brésilien d’origine, a connu la dictature et a fait l’expérience des connivences qu’avaient pu entretenir sans difficulté certaines sociétés de psychanalyse avec les pratiques assassines, torturantes et perverses du totalitarisme. Il illustre mieux que quiconque à quel point un discours qui se dit psychanalytique peut tout à fait être compatible avec un régime de terreur.

Il est donc crucial pour l’auteur de distinguer les plans et de rétablir la valeur scandaleuse de la trouvaille freudienne de l’inconscient et de la pratique de la psychanalyse qui en résulte. Le scandale de l’inconscient se loge notamment du côté de l’ouverture à un au-delà de la répétition, de la survenue grâce au transfert d’une expérience inédite dans la vie de l’analysant qui permette que du nouveau survienne. Le scandale de l’inconscient implique la reconnaissance et la nomination du traumatisme et à aucun moment il ne peut être compatible avec la silenciation, la banalisation, la dénégation ou le déni du trauma quel qu’il soit. Il s’agit pour lui de faire politiquement de la psychanalyse.

Si de nombreuses théories analytiques existent sur ce qu’est la folie, beaucoup plus rares sont celles, issues d’expériences cliniques, qui proposent des pistes pour la pratique concrète centrées sur le transfert comme outil permettant la survenue de l’inédit. La clinique de Macedo est ainsi d’une aide précieuse pour les personnes travaillant au quotidien avec des patients psychotiques et traumatisés, constituant une boussole dans la rencontre avec la folie afin de se parer des « gratifications narcissiques des patients qui enferment le patient dans le transfert alors qu’il s’agit, grâce au transfert, de l’amener, de faire en sorte qu’il s’amène lui-même, ailleurs dans sa vie et dans sa sensibilité. »
Cette pratique de l’ascèse dans le travail, à rebours de ce qui a pu être conceptualisé comme l’analyste occupant « la place du mort », nécessite, selon De Macedo, un amour de la vie vivante. C’est par l’amour, comme moteur de l’analyse « car toute analyse est une histoire d’amour » d’après l’auteur, que la traversée des zones risquées s’avérera possible.

Nous nous concentrerons sur quelques points spécifiques comme base de la discussion, notamment la distinction entre défense perverses, perversité et perversion. De Macedo propose par exemple des indications d’attitude pour l’interprétation des défenses perverses (p89).
D’autre part la notion de "divination" de la pensée dans la cure qui est pour l’auteur un des éléments clés dans l’interprétation du transfert avec les psychotiques. « On retrouve dans la cure analytique où le réel du transfert permet de deviner, donc de nommer, une scène jusqu’alors écartée du monde psychique ». (p251)

Nous vous espérons nombreux à cette soirée qui intéressera tant les amoureux de Dostoïevski que ceux de la psychanalyse (et que les amoureux en général).

Loriane et Mathieu Bellahsen pour UTOPSY.

www.utopsy.fr
utopsys@yahoo.fr

Liens :
http://www.federation-ateliers-psychanalyse.org/Heitor-O-Dwyer-de-Macedo-la.html
http://www.encd.fr/fr/books/la-clinique-de-dostoevski-ou-les-enseignements-de-la-folie/393/

Nous vous transmettons les prochaines dates d’ores et déjà précisées pour l’année 2015-2016 du séminaire utopsy :

- le lundi 15 février 2016 nous accueillerons l’association Humapsy

- le lundi 21 mars 2016 Sabine Prokhoris, agrégée de philosophie et psychanalyste, introduira à partir de son ouvrage L’insaisissable histoire de la psychanalyse les effets de l’invention freudienne dans nos pratiques.

- le lundi 4 avril 2016 Radmila Zygouris interviendra à partir de son ouvrage "L’ordinaire, symptôme » (éditeur Octobre, 2013) en nous proposant un chemin original qui entrecroise ses rencontres avec de grandes figures de la psychiatrie et de la psychanalyse et les apports les plus récents de la clinique analytique des états psychotiques (Françoise Davoine et Jean Max Gaudillère...).

- le lundi 23 mai 2016 Jean Cooren psychiatre et psychanalyste lillois introduira les apports de Jacques Derrida à la clinique psychiatrique notamment autour de la question de la cruauté.

- le lundi 6 juin 2016 nous accueillerons Nader Aghakani, psychologue et psychanalyste

- le lundi 27 juin 2016 Pedro Serra, psychiatre dans un intersecteur de psychiatrie infanto-juvénile en banlieue parisienne s’intéressera à déployer une articulation entre sa lecture de Spinoza et le champ de la clinique avec les patients psychotiques.

Nous recevrons aussi au cours de l’année 2016 l’association Humapsy, Pierre Delion, Nader Aghakhani, Fethi Benslama (les dates vous seront bientôt transmises)...

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