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Elie Pouillaude

samedi 5 décembre 2015, par Alexandra de Séguin

Cher utopsystes,

Lundi 7 décembre à 20h30, au 27 rue des Bluets (Metro Ménilmontant ou Père Lachaise, entrée libre et gratuite),
nous accueillerons Elie Pouillaude autour de son livre L’aliénation. Psychose et psychothérapie institutionnelle (Paris, Hermann, 2014),
psychologue, directeur clinique du CMPP de Crépy en Valois ( La Nouvelle Forge), qualifié fonction de Maître de Conférence en psychologie, président de l’association Culturelle Forgienne.

Il nous parlera de son travail en tant que directeur clinique dans un CMPP rattaché à l’Association de Santé Mentale de La Nouvelle Forge qui a la responsabilité du secteur de psychiatrie infanto-juvénile de l’Oise-Sud. Fondée en 1953 sur les principes de la psychothérapie institutionnelle et de la psychiatrie de secteur, La Nouvelle Forge se situe au croisement des champs sanitaire et médico-social et se compose de nombreux établissements de soin (CMPP, hôpitaux de jour, Ime et IMPro, ITEP, ...). Le travail clinique quotidien , la direction de la cure d’un enfant dans les différents établissements y est pensée à partir de son institutionnalisation.

Elie Pouillaude propose dans son ouvrage de revisiter l’histoire et la pratique de la psychothérapie institutionnelle à partir du concept central de double aliénation. Ce concept, proposé par Jean Oury en 1948, permet d’envisager l’articulation des processus psychopathologiques aux mécanismes de l’aliénation sociale. A l’aune de ce concept l’auteur revisite l’histoire des différents courants nés de la révolution psychiatrique de l’après-guerre comme des tentatives de prendre en compte ces deux formes d’aliénation, ou au contraire comme les confondant, ne pensant pas suffisamment leur articulation. Ce même concept éclaire également la création du corpus conceptuel de la psychothérapie institutionnelle, véritable boite à outils théorico-pratiques.
Cette lecture s’accompagne d’un considérable travail épistémologique du concept d’aliénation dans le droit, la philosophie dialectique et marxiste mais aussi la psychiatrie, puisque Philippe Pinel fonda la psychiatrie sur ce terme et la sociologie invite avec Bourdieu à repenser le concept d’aliénation sociale en termes de rapports de dominations symboliques au sein d’un champ social déterminé.
La psychothérapie institutionnelle a ainsi pour but de transformer un établissement de soin en institution, à partir d’une réorganisation du champ social du lieu, faisant ainsi disparaître certaines manifestations symptomatologiques réactionnelles chez les patients qui venaient se rajouter aux manifestations pathologiques endogènes permettant dans le même temps au patient d’être accueilli à partir de son fonctionnement psychique singulier - ici, celui de la psychose schizophrénique. La psychothérapie institutionnelle nous apparait donc comme un aménagement de la cure-type pour permettre de soigner des patients psychotiques.

Si, sous l’influence de Kraepelin, le groupe nosologique de la Dementia Praecox s’est imposée en 1898 en Allemagne, Bleuler en en désolidarisant la schizophrénie a opéré un tournant majeur en préférant « à l’idée de démence précoce (au critère évolutif) celle plus dynamique de dissociation, proposant le terme de schizophrénie. » Ce parti-pris contient en germes, la possibilité, pour plus tard, de concevoir la schizophrénie autrement que comme une affection évoluant nécessairement vers un état crépusculaire sous l’action d’un processus déficitaire, donc la possibilité d’une psychothérapie sur laquelle Bleuler ne dit d’ailleurs pas grand-chose, sinon sa confiance en la voie ouverte par Freud. Ensuite, si nous effectuons un bond de trente années en avant, l’origine de la psychothérapie de la schizophrénie par la psychothérapie institutionnelle se trouve dans un renversement de paradigme : la dissociation schizophrénique qui jusqu’alors rendait impossible le maniement du transfert dans la cure analytique de patients schizophrènes est saisi dans et par le travail institutionnel sous la forme d’un transfert dissocié. En effet, J. Oury va placer en 1973 la dissociation, non plus au niveau des capacités d’association (C. G. Jung), ni au niveau des fonctions de synthèse du sujet (ce qui était la position de J. H. Jackson et de l’organo-dynamisme de H. Ey à sa suite), ni dans les fonctions d’intégration de la réalité du moi (position des analystes américains Federn), mais au sein même du transfert qui pour Freud était un obstacle à l’accès de la psychose par le traitement psychanalytique. Du fait du processus schizophrénique, les investissements sont partiels, multi-référentiels, disait F. Tosquelles, portant sur un bout de corps, un lieu, un chat, un vêtement, un geste et le travail de l’équipe va consister en la création de points de rassemblement à ce transfert schizophrénique par la technique dite de constellation. Nous passons donc d’un transfert sur l’analyste dans la cure-type à un transfert dans l’institution dans ce qui représente un aménagement de la cure-type. Par la réunion de constellation, le patient dont la psyché est dissociée pourra faire l’épreuve de son fonctionnement psychique. Il sera alors possible d’envisager la façon dont le patient rejoue son fonctionnement psychique, et les conditions qui ont présidées à sa constitution de façon dissociée, dans des investissements partiels au sein de l’institution. Celle-ci va répondre de manière spécifique à ces troubles en recueillant les signes de sa dissociation (via ce que Delion appelle les fonctions phorique et sémaphorique) sur des espaces supports du transfert qui deviendront autant de points de rassemblement où le travail de reconstruction de la psyché du sujet émergera. Ce sera donc bien le point d’articulation entre la clinique et le politique qui retiendra toute notre attention lors de la discussion que nous aurons avec notre invité.

Benjamin Royer pour Utopsy
www.utopsy.fr

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